Des souris blanches et des hommes de couleur - Chronique

À dévorer dans sa modernité car l'oeuvre de Steinbeck s'y trouve presque amplifiée.
Dans ces 136 pages de saveur, de douleur et de couleurs justement, le lecteur y trouvera plusieurs épisodes d'envolée littéraire, quelques passages d'un style croustillant très moderne, trois maladresses d'écrivain qui se cherche dans les qui et les que, ainsi qu'une description presque plus ajustée que le même épisode décrit par Steinbeck. Une scène rendue plus juste et vivante entre un Chaad très attachant et une gamine perdue, par le truchement d'un dialogue percutant, quand la même scène parait moins énergique chez Steinbeck, tombant dans une représentation plus vague des ressentis des personnages. Eric Pommet a de l'imagination quand bien même il s'est inspiré de l'oeuvre d'un grand. Pour preuve cette voix enfantine tout à fait crédible, parlant à Chaad « sourd aux mots de l'esprit, il n'entend que les mots du cœur. » L'épilogue terminant l'oeuvre sur une note d'espoir, fin alternative permettant presque au lecteur de se projeter à la place de l'écrivain. Le lecteur acquiescera, aimera, imaginera ce « labyrinthe dans lequel on se bouscule, un labyrinthe dans lequel on est pris comme des rats, un labyrinthe où pour survivre, on est obligé de se bouffer les uns les autres. Un labyrinthe où chaque cul-de-sac révèle un nouveau piège que nous tend le destin ». Tout y est, les protagonistes, les personnages secondaires, un chantier, un destin commun, comme si l'écrivain s'incorporait au récit. Monsieur Pommet, il faut travailler. Un tel talent ne saurait rester dans l'ombre.
Corinne Boisbluche Debreilly

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